Les matières premières agricoles : un marché intéressant pour les investisseurs ?

Les matières premières agricoles : un marché intéressant pour les investisseurs ?

Trader les matières premières agricoles, ou « soft commodities », est une opération délicate en raison de la particularité de ce marché.

Cependant la hausse constante des prix ces dernières années est considérée comme un argument de poids par de nombreux investisseurs.

Qu’en est-il vraiment ?

Qu’appelle-t-on les matières premières agricoles ?

Les matières premières agricoles sont tous les produits tels que les céréales (blé, maïs, colza), le café, le sucre, etc.

Ce sont donc des produits de « première nécessité », qui constituent un marché bien spécifique et dont le prix varie constamment.

Au niveau des agriculteurs, il s’agit de vendre leur récolte des saisons suivantes à un prix défini à l’avance. Ainsi, il sera payé selon les termes du contrat, quelles que soient les variations de prix de son produit dans les mois suivants : si la valeur chute, il ne sera pas payé moins. Mais si elle augmente, il ne sera pas non plus payé plus.

En raison du nombre d’échanges très important dû à la consommation mondiale de ces produits, les investisseurs ont vu là  très tôt, un moyen de tirer profit de ces fluctuations de prix.

Comment trader les soft commodities ?

Évidemment, si l’on ne veut pas se retrouver avec des tonnes de sucre dans son garage, le seul moyen pour un investisseur particulier d’intervenir sur ce marché,  est de passer par les produits dérivés : CFD, Warrants, etc.

Pour les traders professionnels (banques, compagnies d’assurances, fonds de pension…), c’est différent. Ils spéculent sur un marché dédié, par l’intermédiaire de contrats à termes tels que les futures.

Ils achètent lorsque les prix sont au plus bas, et revendent avant la fin du contrat.

Des indices ont également vu le jour, comme le S&P GSCI (Goldman Sachs Commodity Index), afin de permettre à ce type d’investisseurs de facilement placer leurs capitaux dans plusieurs matières premières à la fois.

Pour investir sur ce marché si particulier, il est essentiel de prendre en compte plusieurs facteurs :

  • Le niveau de la demande mondiale pour chaque produit, ainsi que le niveau de stock disponible : le rapport entre les deux est appelé « stock to use »
     
  • Les conditions climatiques des pays producteurs concernés par la matière première agricole choisie
     
  • Les éventuelles avancées technologiques dans le domaine agricole : comme elles sont capables d’augmenter la production et de l’adapter à la demande, les prix sont stabilisés
     
  • D’autres facteurs sont à surveiller : le taux de change des devises qui jouent sur l’import/export, le prix du pétrole, etc.

Il est évident que tous ces facteurs ayant une influence sur la variation des prix, le marché des soft commodities est très volatil.

Les Inconvénients de trader les matières premières agricoles :

Le principal argument des investisseurs qui choisissent de trader ce type de produit est que les prix sont en constante augmentation.

Cette augmentation trouve son origine dans la croissance de la population mondiale de 1,1 % par an (source wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Population_mondiale).

Mais aussi, dans la spéculation sans limite des investisseurs, qui injectent des milliards de dollars sur ce marché.

Sans compter les catastrophes climatiques, la sécheresse, etc.

stock to use commodities

Mais spéculer sur les matières premières agricoles présente un point très discutable au niveau de l’éthique.

Car cette spéculation sans limite des institutions financières qui parient sur la famine mondiale pour espérer s’enrichir, pose un autre problème.

Il faut comprendre que les milliards de dollars ainsi investis sur ce marché, accroissent la demande façon « virtuelle » (contrairement à la demande réelle de la consommation de la population mondiale).

Mais ces produits étant des biens physiques, il n’y a pas assez d’offre.

Les prix flambent et les agriculteurs du monde entier se basent sur la valeur des cours pour déterminer le prix de leur récolte.

Dans les pays sous-développés, l’augmentation de ces prix empêche la population de se nourrir.

En 2011, un rapport de l’ONG Foodwatch, intitulé « les spéculateurs de la faim », dénonçait ces abus.

(source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/09/13/les-speculateurs-financiers-coupables-de-la-flambee-des-prix-des-aliments_1757951_3234.html)

Pour conclure, même si les investisseurs peuvent être attirés par les plus-values en perspective, il est probablement préférable de laisser ce marché aux professionnels de la filière agricole.

Même si l’on maîtrise parfaitement l’analyse technique et la prise en compte de tous les éléments influant sur le prix, la spéculation sur les matières premières agricole impacte beaucoup trop, à mon sens, sur la vie des populations les moins favorisées.

A bientôt,

Sylvain March,
Trader indépendant et formateur